Le DES de santé publique et médecine sociale : les aspects pratiques

Written by Nicolas Guibert on . Posted in Présentation pratique de la spécialité

Avant-propos:

Cet article a pour vocation de présenter les aspects pratique du Diplôme d’étude spécialisé (DES) de santé publique et médecine sociale (SP) et de ses débouchés. En effet, cette discipline étant relativement méconnu, ses aspects pratiques peuvent pour beaucoup paraître obscurs.
Si les informations qui vont suivre ont pour vocation principale d’éclairer les étudiants en médecine de deuxième cycle qui seraient intéressés par cette filière, elles ont également pour but d’aider les internes de SP en 1er semestre d’internat à mieux appréhender ce champ d’activité qui leur est totalement nouveau et dans lequel ils se sont engagé.

Le deuil de la blouse blanche et du stéthoscope

Même si choisir la santé publique, ce n’est pas forcément faire le deuil de la pratique clinique (voir le chapitre “la pratique clinique en santé publique”), l’activité du médecin de SP est dans la grande majorité des cas une activité totalement différente de l’activité du clinicien. Il faut en avoir conscience en s’orientant vers cette spécialité et il est fortement recommandé de faire précocement le “deuil de la blouse blanche et du stéthoscope”. En effet, cette étape est à mon sens indispensable si l’on veut revêtir de façon assumé le costume de médecin de SP.

L’activité pratique en santé publique

L’activité de l’interne de santé publique

L’esprit général

Pour bien comprendre l’activité de l’interne de SP, il faut comprendre un point essentiel: l’interne de SP, contrairement à l’interne clinicien, travaille sur des projets et non sur des consultations ponctuelles. De plus, ces “projets”, pour être bien menés, requièrent des connaissances théoriques et pratiques insuffisamment acquises lors des 2 premiers cycles des études médicales, ce qui a plusieurs conséquences pratiques par rapport à nos collègues internes cliniciens:

  • Ce défaut de connaissance en début d’internat fait que l’on est peu impliqué dans les activités de services lors des premiers semestres: alors que nos camarades cliniciens sont eux, tout de suite “plongé dans le bain”, il peut exister de nombreuses périodes de “flottement” pour l’interne de santé publique. Ce fait peut être plus ou moins bien vécu et il faut donc s’y préparer.
  • Dans la balance étudiant/praticien de la vie d’un interne en médecine, on reste plus longtemps du coté “étudiant”. En effet, il faut travailler la théorie via des Masters ou des cours de DES pour acquérir les connaissances nécessaires à l’implication dans un travail “pratique”.
  • On est plus libre d’organiser notre temps.

Concrètement, l’interne en santé publique passe la majorité de son temps à:

  • Etudier les champs de connaissances qui relèvent de la formation théorique du DES de SP. Il passe donc beaucoup de temps à lire des manuels et doit passer quelques examens. A Marseille, cette formation théorique passe exclusivement par l’inscription à un Master de santé publique (de l’université de Paris ou Marseille). Un complément de connaissances pouvant être acquit par des recherches personnelles.
  • Travailler devant un ordinateur pour
    • faire des statistiques (pour des études, des thèses, des mémoires,etc…). Cela représente une grosse part du travail durant les 4 années d’internat, d’où la nécessite d’acquérir de bonnes connaissances en biostatistiques. Il est également recommandé de choisir un logiciel de statique et de s’y tenir.
    • travailler sur des bases de données,
    • écrire des rapports,
    • lire des articles, des rapports, des données en générale,
    • préparer des présentations, des cours, de la communication en général,
    • faire du travail en rapport avec le programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) (codage des actes et diagnostics, analyse de données, etc…),
    • faire divers travaux sur des applications “Microsoft Office like” (Excel, Word, Powerpoint et Access),
  • Assister à des réunions,
  • Faire des présentations, des cours,
  • Assister à des séminaires de formations, des conférences. La valeur ajouté étant ici plus la constitution de réseaux sociaux et la construction d’une culture de santé publique que l’acquisition de connaissances théoriques.

Sachant que, en rapport avec un interne d’une autre spécialité:

  • La qualité de vie en dehors du travail est relativement préservée. Les temps de travail étant claqué, la plupart du temps et pour la majorité des services, sur des horaires de bureau, soit 9h – 17h30 du lundi au vendredi.
  • Il n’y a pas d’astreintes dans la quasi-totalité des services (voir tous).
  • Des gardes aux urgences peuvent par contre être exigées lors des 4 premiers semestres. Cela dépend en fait de:
    • La ville d’internat: certaines villes l’imposent, d’autres ne le permettent pas et d’autres laissent le choix. Marseille l’impose en “théorie” mais cela peut se négocier.
    • Du service: on ne vous inscrira sur le tableau de garde que si vous êtes dans un service rattaché au CHU.

La maquette de formation du DES de santé publique

La pratique clinique en santé publique

Pour le médecin de SP lambda, il est clair que la clinique n’aura pas de place dans son activité. La SP est encore une fois une activité assez distante avec la pratique clinique telle que peut la connaitre un étudiant en médecine de deuxième cycle. Ceci dans le sens où les patients ne sont plus appréhendés directement.

Cependant, toute activité clinique n’est pas exclus pour l’interne en SP qui désirerait s’en rapprocher. En effet:

  • Le DES de SP permet de passer divers Diplôme d’Etude Spécialisé Complémentaire (DESC) qui ouvrent sur une activité clinique (comme l’addictologie, la nutrition, la cancérologie, les maladie infectieuses, etc…):
    • la liste de ces DESC sont disponible ici : Liste des DESC,
    • Il faut cependant avoir l’accord du coordinateur du DESC ainsi que l’accord du coordinateur du DES de SP de la ville dans laquelle on fait son internat.
  • La maquette de SP permet 4 choix “libres” pendant lesquels vous pourrez, avec l’accord du coordinateurs de la filière qui accueille et du coordinateur du DES de SP, faire des stages cliniques.
  • Légalement, aucune loi, aucun décret ou  arrêté n’interdit à l’heure actuelle l’exercice clinique ou la  prescription aux spécialistes de SP.

Le médecin de santé publique

Mais après l’internat, on fait quoi exactement? c’est intéressant? combien on gagne? et je trouverai du travail facilement? Voilà la plupart des questions que l’on se pose quand on envisage de choisir la filière santé publique à l’examen national classant (ECN). Répondre à ces questions n’est pas forcement aisé étant donné la relative jeunesse de la filière et le manque de recul que l’on a par rapport aux autres spécialités médicales. Cependant, pour essayer de répondre à cette question, voyons quelques chiffres issus d’une enquête de 2011  auprès des anciens internes de SP, L’enquête AISP.

L’enquête AISP 

Il s’agit d’une enquête menée en 2011 par le CLiSP auprès des anciens internes de SP. (Groupe de Travail: Jean Baptise GORRE (chargé de l’enquête), Frédéric DUGUE (mise en oeuvre de l’enquête), José GUERRA (responsable de l’enquête), Antoine NEURAZ, Mélodie BERNAUX, Blandine BINACHON, Martin BLACHIER). 330 anciens  internes de SP ont  répondu a cette enquête.

L’intégralité de l’enquête ce trouve ici : http://files.clisp.fr/publications/bulletins/bulletinclisp_17_avr12.pdf

 La recherche d’emploi:

D’après cette enquête, il existe un taux de demandeurs d’emploi de 0,6%, ce qui est très peu par rapport aux autres secteurs d’activités. 78% des internes avaient directement un poste à la fin de l’internat et 89% ont  trouvé  leur premier poste dans les 3 mois qui ont suivis la  fin du DES.

Parmi ceux qui ont souhaité patienter un peu et voir ailleurs, 87% trouvaient un nouveau poste dans le mois et 95% dans les six mois.

L’exercice:

Les  anciens internes sont 60% à travailler à l’hôpital public, les  autres se répartissent dans toutes sortes de structures: agences nationales et territoriales, organismes de recherche publics et privés etc…

La principale activité exercée est l’épidémiologie suivi de l’information médicale.

Les revenus:

En règle général, un médecin de SP gagne moins d’argent d’un médecin d’une autre spécialité. Si cela est particulièrement vrai dans le secteur privé, il faut garder à l’esprit que les salaires de l’hôpital sont établis à partir de grilles qui ne dépendent pas de la spécialité médicale. Cependant, un médecin de santé publique ne faisant en général ni gardes ni astreintes, il gagnera au final souvent moins que ses collègues cliniciens.

Toutefois, toujours d’après l’enquête AISP, plus de la moitié des anciens  internes touchent plus de 4000€ nets mensuels.

La satisfaction:

Quant à la satisfaction vis à vis de la carrière, elle est représentée par le graphique ci-dessous:

Conclusion:

L’internat de SP est une filière qui s’éloigne assez largement du champ de pratique et modérément du champ théorique couvert par les 2 premiers cycles des études médicales. Néanmoins, elle permet un champ d’activité assez large et ne ferme pas totalement les portes de la pratique clinique pour ceux qui désireraient persister dans cette activité.

A propos de l’avenir des internes de santé publique, même si les données sont encore peu nombreuses, l’enquête AISP semble indiquer que la qualité de vie pour les Médecins de santé publique est relativement bonne et qu’il sont plutôt satisfait de leur carrière professionnelle.